ShuHō

Hō : principe, Shu : défense.

ShuHō : principe de défense. Certes, mais encore…

Être saisi est une contrainte hautement problématique, a minima une limitation de la mobilité et un ascendant physique subi. Et il est indispensable de réagir vivement puisqu’une frappe ou un déséquilibre entraînant une chute est rapidement possible.

Pour autant, s’agiter ou se débattre ne fait pas nécessairement cesser la saisie mais surtout n’apporte pas une inversion de l’ascendant physique : au mieux on se retrouve à égalité avec un adversaire qui n’a pas perdu l’initiative.

Et surtout, il faut garder en tête un élément essentiel : une saisie bien en place est la dernière chose à laquelle renoncera l’assaillant. De manière bien inconsciente, cette saisie représente le dernier moyen de contrôle et d’une certaine façon, une « assurance-vie » ; quoiqu’il se passe, l’esprit ne lâchera pas.

Or, gérer adroitement une saisie peut renverser complètement la situation.

 

Le Shōrinji Kempō regroupe l’ensemble des techniques de gestion des saisies sous le terme JūHō (principe souple) et plusieurs sous-catégories définissent des groupes techniques. Au-dessus de cette classification, un schéma d’action prédomine :

ShuHō – Nuki – Gatame

ShuHō est l’élément fondamental. Les deux autres séquences peuvent mises en œuvre ou devenir inutiles mais ShuHō est incontournable. Ce n’est pas une technique mais un principe d’action qui appelle plusieurs moyens possibles et dont l’objectif est de détruire la structure adverse et d’imposer la sienne.

Toute saisie résulte d’une intention qui se matérialise par une mobilisation de force ; on peut vouloir tirer, figer, pousser … mais cette mobilisation s’appuie sur un axe principal. Le corollaire est que toute réaction s’exerçant sur un axe différent rencontre une mobilisation plus faible dont il faut profiter.

Évidemment, une contre-réaction instinctive peut s’amorcer pour compenser l’opposition de Uke mais avec un léger décalage. Et si Uke poursuit son travail, ce décalage devient irrattrapable et débouche sur l’imposition d’une structure dominante.

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Compris … Mais comment faire ?

Il n’y a pas de recette absolue sinon il ne servirait à rien d’aborder ce sujet.

Plusieurs moyens peuvent être mis en œuvre ; certains sont anecdotiques mais trois sont quasi systématiques. L’illustration du propos va s’appuyer sur la saisie à la manche sur les deux photos ci-dessous.

Incontournablement, il faut bouger : se déplacer, s’affaisser, tourner… de manière adaptée selon la situation et avec l’idée de sortir de l’action principale, de la ligne de force. Sur la saisie de manche par Kogeki, Uke glisse sur l’extérieur et appuie son corps contre l’avant-bras. Ainsi, il sort de l’axe principal et et ouvre l’épaule de Kogeki.

Contrôler la saisie : contre-saisie, emprisonner le membre, torsion du poignet, rupture de l’alignement… Il s’agit d’œuvrer pour que la saisie, même si elle est toujours en place, ne soit plus soutenue par la puissance nécessaire à la poursuite de l’action. Uke enroule son avant-bras sous le bras de Kogeki et le replie violemment sur le poignet. Il emprisonne le membre, exerce une pression qui modifie l’alignement du poignet et accentue l’ouverture de l’épaule.

 

 

 

 

 

 

Frapper. Ce n’est pas systématique mais l’atemi participe souvent à ShuHō. Hormis la douleur provoquée par l’impact, l’objectif est de dégrader une autre partie de la structure adverse. Uke frappe avec le tranchant de la main au niveau du cou de manière appuyée. Selon l’orientation de la tête de Kogeki, différents points sensibles sont accessibles. Ici, c’est le côté des 3ème et 4ème cervicales qui est touché. La douleur fait pencher la tête de Kogeki et l’appui qui se poursuit oblige le rachis à se courber. C’est toute la stabilité de Kogeki qui est compromise.

Tout cela s’est produit dans un laps de temps très court ; au cas présent, les trois éléments ont été mis en œuvre de manière simultanée. Le résultat est que l’axe de force a changé et s’est inversé, le membre de saisie est affaibli et la stabilité est aléatoire. Uke vient d’imposer sa structure et peut poursuivre sa réaction.

Le point essentiel à retenir est que Shuhō est un principe, pas une méthode, encore moins une recette prédéfinie. Mais il a un objectif et les moyens appliqués doivent réaliser cet objectif.

  

Et maintenant, au travail.

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